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Le mouvement étudiant serbe a remporté une victoire électorale historique et a fait tomber un autocrate au pouvoir depuis près de 15 ans.

Dimanche dernier, l’ancien président serbe Aleksandar Vučić a reconnu que son parti de droite, le Parti progressiste serbe (aussi connu sous le sigle SNS), avait officiellement perdu les élections, déclarant que « la Liste étudiante l’a emporté ».

Ce résultat change la donne. La toute nouvelle Liste étudiante a dominé les élections législatives serbes en obtenant un nombre record de 2,2 millions de voix (52,65 % du vote populaire) et a ainsi formé un gouvernement majoritaire (140 des 250 sièges du Parlement).

Cette victoire est d’autant plus marquante que la Liste étudiante est un parti atypique, fondé par des étudiants et dépourvu de chef central, qui est pourtant parvenu à transformer la colère populaire et la mobilisation de la rue en légitimité politique et en succès électoral.

Mais ce qui est peut-être encore plus intéressant, c’est l’histoire de la Liste étudiante elle-même. Comment une coalition sans chef, fondée par des étudiants, a-t-elle réussi à remporter les élections législatives serbes de 2026?

Un bref historique : relâcher l’emprise de Vučić sur la Serbie

De 2012 à 2026, le Parti progressiste serbe (« Srpska napredna stranka », ou SNS), de droite, a dominé la vie politique serbe grâce à son monopole sur l’écosystème médiatique, à sa solide organisation électorale et à une stratégie politique axée sur un seul homme : Aleksandar Vučić. Tout au long de son mandat, son gouvernement a été empêtré dans des allégations de fraude électorale, de ciblage de groupes minoritaires, d’instrumentalisation des institutions publiques, de manipulation médiatique et de propagande, ainsi que de corruption politique.

La colère contre le régime a atteint son paroxysme avec la catastrophe de la gare de Novi Sad, le 1er novembre 2024, lorsque le toit récemment rénové de la gare s’est effondré, faisant 16 morts. Des milliers de Serbes sont descendus dans la rue pour protester : ils tenaient le gouvernement responsable du drame, affirmaient que la corruption politique avait vicié le processus d’approvisionnement et abaissé les normes de construction au point de rendre la tragédie inévitable, et dénonçaient l’absence de toute responsabilité criminelle. (À ce jour, personne n’a eu à répondre de l’effondrement.)

La répression brutale des manifestants serbes par le gouvernement, marquée par des arrestations massives et par un recours à la force excessive selon d’importants groupes de défense des droits de la personne, a poussé la coalition Étudiants en blocus à créer la Liste étudiante. Dénonçant le refus du gouvernement de répondre à leurs exigences de reddition de comptes, la Liste étudiante a bâti au fil des dernières années un soutien qui s’étend aux universitaires, aux travailleurs et travailleuses de divers secteurs, aux personnalités publiques et aux principaux partis d’opposition.

Son programme, le « Plan étudiant » en 11 points, est axé sur des mesures visant à éliminer la corruption et à lutter contre le crime organisé, de même que sur des enjeux sociaux comme le logement, l’éducation et la santé. Il semble avoir trouvé écho auprès des électeurs.

Que peuvent retenir les étudiants québécois et canadiens du séisme balkanique?

Les étudiants de partout au Canada peuvent tirer plusieurs leçons de cet épisode.

  1. Le succès repose sur la capacité de transformer les émotions négatives en un avenir positif – D’abord, les mouvements qui réussissent ne s’appuient pas seulement sur des griefs légitimes : ils savent aussi canaliser de façon constructive la frustration et la colère de la population. Après la catastrophe de la gare de Novi Sad en 2024, la population serbe était furieuse. Les étudiants ont réussi à se rassembler et à fonder la Liste étudiante afin d’orienter cette frustration vers un résultat constructif. Dès le départ, l’objectif était clair : que les responsables de la catastrophe rendent des comptes. Le refus du gouvernement et la répression violente des manifestants n’ont fait qu’attiser le feu, ce dont la Liste étudiante a su profiter pour jeter des ponts entre les différentes composantes de la société et pour articuler une nouvelle vision de la Serbie (comme en témoigne son plan en 11 points).
  2. Le succès exige l’adhésion de l’ensemble de la société – Ensuite, une stratégie pour faire face à un gouvernement autoritaire (qui exerce une emprise ferme sur les médias nationaux et diffuse un flot constant de propagande) consiste à bâtir un « mouvement sans chef ». La Liste étudiante a délibérément choisi de ne pas miser sur un chef charismatique et central, afin d’éviter les campagnes de salissage du gouvernement Vučić. L’unité doit plutôt naître d’une mission commune, et l’adhésion doit venir de toute la société. C’est sans doute ce que démontrent le mieux certains des principaux candidats de la Liste étudiante : le cardiologue et professeur de médecine à l’Université de Novi Sad Ilija Srdanovic; l’ancien gouverneur de la banque centrale Dejan Soskic; et Radomir Sajcic, professeur à l’Université de Belgrade.

Au Canada, les associations étudiantes ont réussi à se mobiliser efficacement dans des campagnes pour inciter les jeunes à voter, ainsi que lors des récentes manifestations contre le projet de loi 33 de l’Ontario et la loi 2 du Québec. Toutefois, ces mouvements ont en grande partie échoué à rallier d’autres groupes influents de la société au-delà des étudiants. La Liste étudiante serbe offre un exemple remarquable, et un modèle potentiel, de la façon dont les associations étudiantes de partout au Canada peuvent se mobiliser efficacement pour provoquer des changements de politique d’envergure – et ébranler les fondations d’un pays par la même occasion.