Le Québec sera dirigé par un gouvernement minoritaire formé par le Parti québécois (PQ) à la suite des résultats des élections québécoises de 2026. Plusieurs analyses des plateformes des partis en matière d’enseignement postsecondaire ont été publiées, et le verdict est tombé : les chefs politiques québécois ne s’intéressent tout simplement pas beaucoup à l’avancement de l’enseignement postsecondaire dans la province. Mais tout n’est pas perdu. La campagne pluriannuelle menée par l’Union étudiante du Québec (UEQ) pour la rémunération des stages semble porter ses fruits, puisque trois partis — le Parti québécois, Québec solidaire (QS) et le Parti libéral du Québec (PLQ) — ont promis de financer la rémunération des stagiaires dans certains secteurs. Le PQ a aussi promis 10 millions de dollars pour améliorer la santé mentale des étudiants, et le PLQ a pris un engagement vague de réformer le régime d’aide financière aux études de la province. QS, qui a peu de chances de former un gouvernement du vivant des lecteurs de cet article, a promis de réduire les droits de scolarité. Pour le reste, les plateformes ne contiennent rien de notable pour les étudiantes et étudiants du postsecondaire.
On comprend pourquoi l’enseignement postsecondaire retient si peu l’attention des partis politiques provinciaux, alors que leurs chefs préfèrent courtiser le bloc électoral fidèle des personnes aînées. Vérifiez par vous-même : combien de dépenses sont promises sous la rubrique études post-secondaires, et combien le sont dans n’importe quel paragraphe qui mentionne les aînés? Dépenser pour les aînés n’est pas mauvais en soi; c’est une priorité normale pour une société où les personnes âgées représenteront 26 % de la population d’ici 2041. Dans ce contexte, les associations étudiantes ne figurent pas à l’ordre du jour, déjà chargé de dossiers comme le logement, le coût de la vie et la santé. Mais il n’est pas garanti que les choses restent ainsi.
Au Canada, les associations étudiantes sont généralement laissées en dehors du champ d’action des gouvernements; elles doivent se constituer en organismes sans but lucratif et être ensuite reconnues par les établissements d’enseignement comme le gouvernement étudiant qui représente les étudiants de l’établissement en question. Il existe toutefois quelques exceptions. Au Québec, les associations étudiantes sont encadrées par la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants (la Loi), ce qui fait du Québec l’une des deux seules provinces où une loi provinciale prévoit la création d’associations étudiantes; l’autre est l’Alberta, avec sa Post-Secondary Learning Act, qui régit la création et la réglementation des associations étudiantes, mais dans le cadre d’une loi plus générale sur l’enseignement postsecondaire. Il y a aussi une exception très singulière : l’Union des étudiants de l’Université du Manitoba (University of Manitoba Students’ Union), qui a été créée par une loi spéciale, adoptée expressément pour elle par l’Assemblée législative du Manitoba. La différence avec la Loi québécoise, c’est qu’il s’agit de la seule législation au Canada qui s’applique spécifiquement aux associations étudiantes et à leur processus de reconnaissance par les universités.
La Loi québécoise est entrée en vigueur en 1983, sous un gouvernement du PQ. Lors des débats qui ont précédé son adoption, le ministre de l’Éducation de l’époque, Camille Laurent, a expressément mentionné le Code du travail du Québec comme source d’inspiration. De fait, la Loi va plus loin que le Code du travail en matière de représentation. L’article 47 du Code du travail prévoit le paiement obligatoire de la cotisation syndicale par les salariés d’une unité de négociation accréditée, sans toutefois les obliger à devenir membres du syndicat, alors que l’article 26 de la Loi réputé membres de l’association étudiante accréditée (l’« association d’étudiants » de la Loi, que l’on appelle traditionnellement « association étudiante » au Québec) tous les étudiants qu’elle représente, bien qu’ils puissent refuser cette adhésion. Comme pour le Code du travail, le fait de quitter l’association ne dispense pas l’étudiant de l’obligation de payer la cotisation (à moins qu’une association donnée ne permette de s’en retirer).
Ce n’est pas un hasard si, lorsque le Code du travail était en cours de modification en 2025, en pleine vague de grèves syndicales, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes a proposé de modifier la Loi pour y introduire une notion de « cotisations volontaires ». L’idée n’était pas nouvelle : une proposition semblable avait été adoptée plus tôt la même année par l’aile jeunesse de la Coalition avenir Québec, le parti au pouvoir avant les élections de 2026. Ces idées sont apparues dans le contexte de grèves organisées par la base étudiante, par l’intermédiaire des assemblées générales des associations étudiantes québécoises, dans le sillage de la guerre à Gaza. Depuis, les manifestations et les grèves sur les campus se sont apaisées, et la discussion sur le financement des associations étudiantes s’est elle aussi calmée. Mais le fait que de telles conversations aient eu lieu sur la place publique, à la suite d’un débat similaire en Ontario, montre que le statu quo n’est pas assuré.
Le premier ministre désigné du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a cofondé en 2007 Génération d’idées, un groupe de réflexion visant à faire participer les jeunes Québécoises et Québécois au débat public. Dans le cadre de ses travaux au sein de ce groupe, M. St-Pierre Plamondon a publié dans Le Devoir, au moment où les manifestations du Printemps érable commençaient à prendre de l’ampleur, une proposition : une hausse immédiate de 10 % des droits de scolarité, suivie d’une indexation annuelle à l’inflation. Le raisonnement était que les étudiants n’ont pas à régler un problème budgétaire qu’ils n’ont pas créé, mais qu’ils peuvent tout de même contribuer équitablement aux coffres de l’État. Déjà à l’époque, la position de M. St-Pierre Plamondon n’était pas alignée sur celle des associations étudiantes québécoises, qui réclamaient alors un gel complet des droits de scolarité.
Étant donné les liens historiques entre le droit du travail et la législation sur les associations étudiantes au Québec, ces dernières pourraient revenir à l’ordre du jour public au cours des prochaines années si les relations de travail redevenaient un enjeu politique majeur. Compte tenu des difficultés que le gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon rencontrerait pour tenir un référendum sur l’indépendance du Québec, il pourrait simplement chercher des cibles faciles qui n’exigent pas de grandes réformes de société. Faire des associations étudiantes un ennemi n’est pas invraisemblable de la part d’un PQ dont le virage à droite a été abondamment documenté ces dernières années. Adopter des lois avec l’appui du Parti conservateur du Québec (PCQ) sera probablement le mode de fonctionnement du PQ pour le prochain mandat. Le chef du PCQ, Éric Duhaime, a promis de réformer les syndicats québécois en interdisant le financement d’activités politiques ou idéologiques à même les cotisations syndicales, en exigeant le scrutin secret lors des assemblées syndicales et en facilitant le dépôt de plaintes contre les syndicats. Convaincre Éric Duhaime que les associations étudiantes sont trop puissantes pourrait probablement se faire le temps d’un seul cinq à sept.
La réaction probable des associations étudiantes québécoises à un projet de loi rendant leurs cotisations facultatives n’a rien d’un mystère. Il y aura des communiqués de presse et des mémoires de l’UEQ déposés devant les commissions parlementaires, des lettres d’opinion dans les médias, des publications sur les réseaux sociaux et peut-être quelques manifestations dans la rue. Le grand test sera de savoir si le mouvement étudiant québécois aura la capacité de se mobiliser comme en 2012. Car si ce n’est pas le cas, nous pourrions assister au début de la fin des associations étudiantes telles qu’on les connaît depuis la Révolution tranquille des années 1960.


