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En juin 2026, le Global Student Forum (GSF), la plus haute instance de représentation étudiante au monde, qui représente quelque 300 millions d’étudiants à l’échelle de la planète, a annoncé son intention de contribuer à la création d’une Alliance étudiante d’Asie (Asia Student Alliance) afin de stimuler l’essor d’une représentation étudiante démocratique sur l’ensemble du continent.

Selon l’annonce, l’Alliance étudiante d’Asie sera développée « conformément aux principes démocratiques, aux normes de gouvernance et à l’engagement du GSF en faveur d’une voix étudiante représentative ». L’alliance semble vouloir être un espace où les étudiants et leurs associations étudiantes des pays d’Asie pourront établir et maintenir des communications régulières, puis orienter ensemble son développement futur.

Cette initiative survient à un moment crucial pour les étudiants d’Asie, dont un grand nombre n’ont pas d’association étudiante pour les représenter. Au Pakistan, par exemple, les associations étudiantes sont interdites depuis des décennies. Des dirigeants étudiants de l’Association internationale des étudiants en science politique ont aussi soulevé, au début des années 2020, des préoccupations semblables concernant les limites imposées à la représentation étudiante en Afghanistan. Au Myanmar, les associations étudiantes ont subi une répression militaire qui a coûté la vie à plusieurs étudiants. En Inde, même s’il existe des associations étudiantes, elles sont fragmentées à l’échelle nationale, plusieurs associations étudiantes nationales rivales se disputant l’influence. J’irais même jusqu’à dire que la représentation étudiante fait face, en Asie, à des défis plus difficiles que sur tout autre continent.

Sur la scène internationale, les étudiants d’Asie sont nettement sous-représentés. L’une des rares voies qui leur restent pour se faire entendre à l’échelle internationale passe par les associations étudiantes internationales par discipline, comme l’Asia Law Students’ Association (Association des étudiants en droit d’Asie). Bon nombre de ces associations font partie de la structure du GSF depuis la fusion, en 2024, du GSF et du Global Student Government. Toutefois, tous les étudiants ne disposent pas d’une association internationale propre à leur discipline. Une Alliance étudiante d’Asie consacrée à la mise sur pied (et, dans certains cas, à la reconstruction) d’associations étudiantes à l’échelle des campus et au-delà pourrait grandement aider les étudiants asiatiques à provoquer des changements en éducation et, ultimement, à améliorer leur qualité de vie.

Un facteur intéressant pour l’évolution future de l’Alliance étudiante d’Asie est l’association étudiante nationale de la Chine, la Fédération des étudiants de toute la Chine (ACSF). Compte tenu des multiples associations étudiantes rivales en Inde mentionnées plus haut, l’ACSF est probablement la plus grande association étudiante nationale du monde selon le nombre d’étudiants représentés. D’après une source de 1988 tirée d’une revue universitaire, l’ACSF représentait « 100 000 associations membres issues de chacun des établissements, pour un effectif total de plus de 60 millions d’étudiants » (il est à noter que ce chiffre inclut à la fois les étudiants de l’enseignement supérieur et ceux du primaire et du secondaire). Pour mettre ce chiffre en perspective, il correspond à environ le triple du nombre d’étudiants que représente aujourd’hui, en 2026, l’ensemble de l’Union européenne des étudiants (ESU). Comme les effectifs étudiants en Chine ont augmenté depuis 1988, j’estime que le nombre d’étudiants que représente aujourd’hui l’ACSF est beaucoup plus élevé. Vu son ampleur, la participation de l’ACSF à l’Alliance étudiante d’Asie pourrait avoir une incidence considérable sur le développement futur de celle-ci.

Cependant, les différences dans le fonctionnement des associations étudiantes en Chine, par rapport à celles qui évoluent dans la sphère d’influence du GSF, pourraient compliquer la coopération entre l’ACSF et le GSF. D’après ce que mes étudiants et moi, à l’Université Wenzhou-Kean, avons pu apprendre sur les associations étudiantes en Chine (pour plus de contexte, voir le texte de Hengzhen Cui sur les débuts de l’histoire des associations étudiantes chinoises), des élections ont bel et bien lieu pour les postes de direction, mais les dirigeants étudiants doivent généralement être membres du Parti communiste ou de la Ligue de la jeunesse communiste, et passer par un processus de vérification mené par un comité du Parti, qui évalue leur rendement scolaire et s’assure que le candidat n’a pas enfreint de règles ou de lois importantes.

À l’inverse, les critères d’adhésion du GSF exigent qu’une association étudiante soit « autonome et indépendante dans sa prise de décision » pour en devenir membre. Même si l’ACSF ne peut pas adhérer officiellement au GSF, il pourrait être possible d’établir des canaux de communication ouverts entre les deux organisations, ce qui constituerait un bon premier pas vers la recherche de terrains d’entente. L’All-Africa Students Union, membre du GSF, entretient déjà des relations bilatérales avec l’ACSF; elle a notamment reçu au Libéria, en 2024, une délégation de l’ACSF. Ces efforts pour promouvoir la paix et la coopération internationale dans le monde étudiant pourraient peut-être avoir des retombées positives semblables sur le reste du monde.

L’Alliance étudiante d’Asie, qui en est à ses débuts, doit aussi relever le défi des barrières linguistiques. Les efforts du GSF pour traduire son site Web dans plusieurs langues asiatiques, dont l’arabe, le chinois et l’hindi, montrent que l’organisation est consciente de cet enjeu et qu’elle prend des mesures concrètes pour y répondre. Ces traductions s’appliquent aussi à World Student News, une publication périodique accompagnée d’un bulletin par courriel, dont le nom reprend celui d’une publication semblable qu’éditait au XXe siècle l’ancienne Union internationale des étudiants, aujourd’hui disparue. Elle fait le point sur l’actualité des associations étudiantes et d’autres mobilisations étudiantes aux quatre coins du monde, y compris en Asie. World Student News semble être, pour l’instant, ce qui se rapproche le plus d’un média de presse étudiante à l’échelle mondiale, et elle pourrait faire entrer les étudiants d’Asie dans le débat étudiant mondial sur l’avenir de l’éducation. Comme il faut actuellement davantage de reportages de la presse étudiante sur les associations étudiantes qui dépassent le cadre du campus, World Student News est une initiative bienvenue : elle informe les étudiants du monde entier des développements en éducation et en représentation étudiante qui les touchent, tout en constituant une chronique historique de l’expérience étudiante à l’échelle planétaire.

Le virage du GSF vers l’Asie laisse croire que les efforts des étudiants pour réunifier le monde étudiant, après l’effondrement de l’Union internationale des étudiants dans les années 2000, se poursuivent. Comme la plupart des associations étudiantes des cinq autres continents habités sont réunies sous l’égide du GSF, l’Asie constitue le principal obstacle qui reste au GSF pour devenir véritablement représentatif à l’échelle du globe. Si l’Alliance étudiante d’Asie réussit, elle pourrait ouvrir une ère de renouveau et d’expansion de la représentation étudiante, qui accroîtrait la capacité des étudiants à contribuer à l’amélioration de l’éducation.