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Au Canada, la crise du logement, de plus en plus criante, complique la recherche d’un logement abordable pour les étudiantes et étudiants qui poursuivent leurs études. Bon nombre d’entre eux doivent cumuler plusieurs emplois et faire d’importants sacrifices pour arriver à joindre les deux bouts. Bien que les associations étudiantes canadiennes aient mené des campagnes de représentation pour améliorer les conditions de logement des étudiants, notamment en réclamant l’élaboration d’une Stratégie canadienne de logement étudiant, je me demande si les associations étudiantes pourraient faire encore davantage pour alléger les difficultés de logement des étudiants en offrant ce service directement. Plus précisément, les associations étudiantes pourraient-elles offrir elles-mêmes du logement abordable aux étudiants?

La mise sur pied d’un tel service de logement abordable serait un projet ambitieux, mais compte tenu de ce que les associations étudiantes canadiennes ont déjà accompli en matière de prestation de services, je dirais que ce n’est pas hors du domaine du possible. Dans le survol que mon collègue Oleksii Zahreba a fait des services les plus rares et les plus courants offerts par les associations étudiantes au Canada, on constate à quel point la capacité de ces démocraties étudiantes à offrir des services est grande. Les régimes d’assurance maladie, le transport en commun subventionné, les banques alimentaires et les entreprises gérées par les étudiants comme magasins, établissements de restauration, lieux de divertissement qui peuvent facilement devenir des opérations valant des millions de dollars, sont monnaie courante. Si les associations étudiantes peuvent intervenir directement pour améliorer la santé, l’alimentation et le transport des étudiants, qu’est-ce qui les empêcherait d’améliorer aussi leurs conditions de logement?

Se lancer dans le domaine du logement ou de l’immobilier coûte sans aucun doute cher, mais j’envisage qu’une association étudiante pourrait commencer modestement et augmenter graduellement l’ampleur de ses activités de logement au fil du temps. D’abord, comme pour la plupart des services offerts par les associations étudiantes au Canada, une association étudiante pourrait tenir un référendum pour instaurer une cotisation permanente destinée au logement abordable. Cette caisse devrait permettre à une association étudiante d’amasser, en quelques années, de quoi verser une mise de fonds — peut-être de l’ordre de 20 % du prix d’achat total, comme cela semble généralement recommandé pour une petite propriété comptant plusieurs unités locatives. Il pourrait s’agir d’un immeuble de quelques étages, voire d’une maison à plusieurs chambres pouvant être louées. J’estime qu’une cotisation générant des dizaines de milliers de dollars par année un montant bien moindre que celui des services de longue date mentionnés plus haut, qui peuvent facilement coûter des centaines de milliers, voire des millions de dollars par année suffirait à la tâche.

L’association étudiante pourrait ensuite louer les unités à prix coûtant, afin d’offrir aux étudiants le loyer le plus bas possible tout en assurant la viabilité financière de l’opération. Idéalement, ce loyer serait inférieur à celui de la concurrence à but lucratif et des logements universitaires. L’association étudiante pourrait aussi se permettre un léger surplus de revenus pour bonifier la cotisation destinée au logement.

Le loyer versé par les étudiants locataires devrait suffire à couvrir tous les frais liés à la propriété, la cotisation servant de réserve pour parer à toute dépense d’urgence imprévue. Cela générerait vraisemblablement un surplus de revenus que l’association étudiante pourrait utiliser pour verser des mises de fonds sur d’autres propriétés et ainsi offrir du logement abordable à un plus grand nombre d’étudiants.

Je crois que si un tel service de logement pouvait être mis en place avec succès, il concurrencerait fortement les propriétaires privés et les logements offerts par les établissements postsecondaires, donnant naissance à un nouveau régime de logement à faible coût, géré par et pour les étudiants. Cela permettrait à des étudiants qui n’en auraient autrement pas eu les moyens de poursuivre des études postsecondaires. Cela réduirait aussi l’endettement accumulé par les étudiants durant leurs études. À long terme, si les associations étudiantes parvenaient à élargir leur capacité de logement pour desservir une large part des étudiants qu’elles représentent, cela pourrait même contribuer à faire baisser les loyers, si les propriétaires privés et les établissements postsecondaires réduisaient leurs tarifs pour rester concurrentiels — ce qui pourrait avoir des retombées bénéfiques pour la société dans son ensemble, au-delà du seul milieu étudiant.

Un tel service viendrait aussi considérablement accroître les actifs financiers des associations étudiantes et les établirait comme des fournisseurs de services essentiels incontestés, capables d’améliorer substantiellement la qualité de l’expérience aux études postsecondaires. Ainsi, si un gouvernement provincial ou fédéral tentait de s’ingérer dans l’autonomie des associations étudiantes comme l’a fait le gouvernement ontarien de Doug Ford avec l’Initiative sur le choix des étudiants, qui a échoué à la fin des années 2010, et plus récemment avec la Loi de 2025 visant à soutenir les enfants et les élèves — deux mesures qui cherchaient à rendre facultatifs certains frais de service des associations étudiantes, l’équivalent pour elles d’un impôt, cela pourrait plonger le logement étudiant et, plus largement, l’enseignement postsecondaire, dans le chaos. Si les services de logement des associations étudiantes ne sont pas considérés comme essentiels et que le retrait devient possible, certains étudiants pourraient ne plus être en mesure de poursuivre des études postsecondaires. Un service de logement géré par une association étudiante pourrait bien être l’innovation du XXIe siècle dont les associations étudiantes ont besoin pour démontrer qu’elles sont une composante essentielle de l’enseignement supérieur, qu’il faut défendre.

À l’international, des associations étudiantes offrent déjà de tels services. Au Royaume-Uni, la Lancaster University Students’ Union possède sa propre entreprise de logement étudiant, vouée à offrir aux étudiants de Lancaster un hébergement abordable. De 1980 à 2026, l’association étudiante d’Aston (Aston Students’ Union) a géré The Green, un ensemble de 150 unités locatives de logement abordable qui a desservi environ 6 750 étudiants, à raison de 150 résidents par année pendant 45 ans, aidant les étudiants à économiser des millions de livres sterling en frais de logement par rapport au marché privé. Ces exemples font pâle figure devant Stockholms studentbostäder, une société de logement fondée en 1958 par la Stockholms studentkårers centralorganisation (SSCO), une fédération étudiante représentant environ 100 000 étudiants à Stockholm qui élit les membres du conseil d’administration de la société de logement. La valeur des propriétés de Stockholms studentbostäder totalise environ 13,3 milliards de couronnes suédoises, soit environ 1,9 milliard de dollars canadiens au moment d’écrire ces lignes.

J’espère que cette réflexion aura permis d’illustrer à quel point les associations étudiantes canadiennes sont puissantes. En offrant des services qui améliorent directement la vie des étudiants, elles n’ont pas toujours à se limiter à la représentation et au militantisme pour inciter d’autres acteurs du milieu de l’éducation et de la société à agir en leur nom. Les services permettent plutôt aux associations étudiantes de ne pas avoir à compter sur des acteurs externes pour améliorer l’enseignement supérieur. Un service de logement abordable géré par une association étudiante s’appuierait sur les réussites passées des associations étudiantes canadiennes en matière de prestation de services et propulserait les associations étudiantes vers de nouveaux sommets.